Retour du voyage à Auschwitz-Birkenau du 22 janvier 2012 (*)

 

Démesuré. Tout est trop grand, ou trop petit. Entasser tous les membres de la Cité Scolaire Janson de Sailly dans trois baraquements ? Impossible à concevoir. Cent mille personnes grouillant dans Birkenau au plus fort de son activité, sans assez d’espace pour y accueillir un brin d’herbe au printemps, un flocon de neige en hiver ? Difficile à imaginer, dans cette immensité aujourd’hui désertique. Exterminer en cet endroit près d’un million et demi de personnes pendant toute la guerre, et pour l’immense majorité, dès leur arrivée : combien par mois, par semaine, par jour… par heure ? Mon esprit refuse d’en terminer le sinistre calcul.

Incommensurable. C’est le qualificatif saisissant le voyageur qui vient aujourd’hui dans ce centre de mise à mort, constituant aussi l’un des plus grands camps de concentration de l’époque nazie. J’étais venu à Auschwitz pensant découvrir une œuvre de destruction massive. J’y ai entraperçu une réalité sans nul doute bien pire encore. J’ai traversé cette usine où l’on démantelait les esprits et les corps, comme aujourd’hui on déconstruit une tour à la Défense, un navire marchand échoué. J’en suis reparti sans appréhender véritablement ce qui ne peut être élaboré par un esprit libre dans cette humanité à la dérive.

Devant les vestiges de la folie noire qui y régna pendant près de cinq ans, j’ai buté sur cette lancinante question : comment les derniers bourreaux, bien nourris, informés, ont-ils pu paraître apaisés et heureux sur les photos dans leur album de souvenirs de villégiature, prises au mois de juillet 1944, au moment où les Alliés annonciateurs de la fin se préparaient à foncer vers Paris?

Je peux enfin concevoir le sentiment de honte ressenti le 27 janvier 1945 par ces quatre jeunes soldats soviétiques libérateurs qu’observa Primo Levi, depuis son baraquement de l’autre côté des barbelés. C’était la honte d’appartenir à la seule espèce animale pouvant se détruire par ses propres moyens. Je reste persuadé que tout homme encore capable d’éprouver ce sentiment peut toujours être sauvé.

C’est pourquoi ce voyage et ces rencontres avec Henri Borlant et André Bessière, deux rescapés de l’enfer, furent pour moi si précieux. Je veux bien me bercer alors d’un peu d’espoir, comme si les multiples sentiments éprouvés en ce dimanche d’hiver par nos collégiens et lycéens dans le plus vaste cimetière de l’humanité pouvaient participer un tant soit peu à la sauvegarde de notre bien fragile liberté.

Bernard Gorbana, Parent d’élève, février 2012

(*) Vous pouvez consulter de nombreux autres témoignages sur le site du lycée.

Pour les Membres du CPEJ suivants : comité de Rédaction, Elus, Délégués de classe et de niveau, Administrateurs du Site, Comité d'administration du CPEJ.

Si vous exercez l'une de ces fonctions, vous devez vous connecter.